Le Coaching, un potentiel de sérendipité ?

La sérendipité peut être définie comme la faculté de découvrir par hasard ou par sagacité des résultats qu’on ne cherchait pas. Ce concept est désormais célèbre dans le domaine scientifique pour avoir abouti à de grandes découvertes : le hasard et l’accident ont permis entre autres à Christophe Colomb, parti sur la route des Indes, de découvrir l’Amérique bien malgré lui ;  à  Alexander Fleming de découvrir la pénicilline, le premier antibiotique, en ne désinfectant pas une éprouvette. En ce sens, c’est accepter les erreurs et l’échec comme des sources potentielles d’apprentissage, de vision inédite propice au changement.

Le concept de Sérendipité est relié à un conte Persan intitulé « Voyages et aventures des trois princes de Serendip » (ancien nom de Ceylan), qui met en scène les errances de trois jeunes princes de Serendip, partis pour découvrir le vaste monde sur la demande de leur père qui voulait en faire des hommes de bien.  Ces princes  vont résoudre des problèmes à partir d’indices qu’ils ont notés au hasard de leur chemin, par des raisonnements inductifs et hypothèses successives.

Le néologisme « serendipity » fut imaginé en 1754 par le romancier Horace Walpole par analogisme avec ces trois princes, pour définir leurs talents. 
La sérendipité, un art de l’observation et de la déduction, alliée au hasard….Cependant il ne faut pas croire que le hasard soit prépondérant dans la sérendipité ! Citons l’aphorisme de Pasteur « dans les sciences de l’observation, le hasard (la chance) ne sourit qu’à l’esprit préparé à les recevoir». Mais comment préparer les esprits de nos clients coachés ?
Si nous transposons les 3 princes de Serendip dans notre pratique d’accompagnement en coaching, nous pouvons qualifier 3 profils  de clients coachés :

 

  1. Dans une variante du conte, l’aîné des frères est un homme pressé, qui veut faire son voyage de la manière la plus rapide et la plus efficace possible, focalisé avant tout sur ses objectifs : C’est le profil du coaché engagé et « battant », qui poursuit la route qu’il s’est traçé mais ne risque pas de faire d’étonnantes découvertes pour lui-même  et sur lui-même. Il ne va jamais trouver que ce qu’il cherchait…son obsession est de poursuivre ses objectifs coûte que coûte, sans détours qui lui semblent inutiles, mais qui peuvent le priver d’une posture innovante qui l’amènerait à un changement bienvenu de paradigme…
  2. Le second frère reste fermé à tout ce que renferme le hasard, l’inattendu. C’est parfois le profil du coaché sceptique sur la démarche coaching que l’entreprise lui a proposée et qui s’interroge sur les raisons et l’utilité de cette démarche. C’est parfois la personne trop perfectionniste, toujours tendue dans le tenir-prise et qui ne sait pas s’ouvrir et lâcher-prise…Son esprit critique ferme ce coaché sceptique à toute rencontre et toute découverte. Il trouve que le « voyage » du Coaching est pénible et il n’est pas disposé à expérimenter d’autres manières de faire ou d’être. En proie au doute permanent, il n’exprime pas de réelle curiosité.
  3. Le cadet, dans cette variante du conte Persan, se savait plus ignorant que ses frères et moins apte à réussir que ces derniers. C’est la posture d’humilité qui caractérise ce profil de coaché qui va saisir au cours de son cheminement les opportunités qui se présentent, découvrir des sens qu’il ne cherchait pas, explorer de nouvelles possibilités.  Ouvert et confiant, il fait son miel de ce que le parcours du coaching avec ses chemins de traverse, met à sa portée. Bien évidemment ce coaché-là, qui est animé d’une curiosité féconde, est Sérendipien. 
La sérendipité est une posture de l’esprit qui consiste à rester ouvert et attentif, à saisir les choses quand elles se présentent, à interpréter les signes et à trouver du sens, à s’en servir. C’est avant tout une posture d’étonnement et de créativité qui nous fait sortir de nos cadres familiers de référence pour explorer d’autres options inconnues de nous, en dehors des autoroutes faussement sécurisantes du « prêt à penser » dominant. Souvent, c’est un détail insignifiant auquel nous accordons de l’attention, et qui va permettre de nous décentrer et de décider de nous engager sur une voie nouvelle, en phase avec nos valeurs essentielles.  Cette « chose » sans intérêt peut aussi prendre la forme d’un accident (personnel et/ou professionnel) regrettable, quelque chose qui n’aurait jamais dû se produire mais qui va opérer un déclic, un renouvèlement du regard de la personne coachée que nous accompagnons… 

Avec la sérendipidité,  il s’agit de rendre productif une erreur, un évènement contre-productif. Savant dosage de curiosité et de discernement, la sérendipité peut s’apprendre et se cultiver en séances de coaching !

Dans notre pratique de coach, nous pouvons susciter cette « serendip attitude » chez nos clients en leur offrant cet espace de liberté parce que notre écoute sera extrêmement attentive aux « petits riens » de leurs propos que nous allons capter, mettre en relief et explorer avec nos clients comme d’infimes mais précieux catalyseurs d’un renouvèlement de leur vision, en les rendant pleinement conscients de l’ impact recherché sur leur environnement. 
Le coach se doit d’être Sérendipien.  A lui aussi d’accepter d’être simplement présent à l’autre, à ne pas chercher la perfection dans ses questionnements, à rester curieux et ouvert à ce qui arrive dans la relation pour faire naitre la créativité et laisser tout l’espace au coaché.
 
Par Jacques Bossi, Consultant Right Management

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